Si je ne m'abuse, vous le traitez de gentil
et de doux rêveur. Vous vous trompez
sur toute la Muse. Gérard de Nerval
ne se lève pas du même pied
que le dormeur du val...
Si je ne m'abuse, vous le traitez de gentil
et de doux rêveur. Vous vous trompez
sur toute la Muse. Gérard de Nerval
ne se lève pas du même pied
que le dormeur du val...
Le sentiment d'être oppressé de partir
en week-end n'en mène pas large
le long de l'autoroute.
Et pourtant plus d'une goutte
sur le parebrise de ma Clio accusent
la planète d'avoir perdu le chic
des petites gares et du verger.
Le péage franchi sans regret,
j'ouvre ma boîte aux lettres
et je reçois un choc en retour :
"Prendre le prochain vent
Le nuage facétieux
Comme on prendrait le train
Puis tomber de la dernière pluie
Dans une petite gare
Où jamais personne ne descend".
Avec Patrick Chemin, on ne fait plus table
rase de la campagne ; l'humain est affable,
et il met un point de poésie aux phrases
qui se magnent.
Sur un banc public du parc de Buisson Rond,
j'ai lu sur les lèvres d'un comte qui s'éloigne
une poésie que la présence d'Emily soigne :
Tell me, tell me, smiling child,
What the past is like to thee?
"An Autumn evening soft and mild
With a wind that sighs mournfully."
Tell me, what is the present hour?
"A green and flowery spray
Where a young bird sits gathering its power
To mount and fly away."
And what is the future, happy one?
"A sea beneath a cloudless sun ;
A mighty, glorious, dazzling sea
Stretching into infinity."
Ce qui nous donne après la traduction
de Pierre Leyris :
Dis-moi, dis, souriante enfant,
Qu'est-ce, pour toi, que le passé?
"Un soir d'automne, doux et clément,
Où le vent soupire, endeuillé."
Qu'est-ce, pour toi, que le présent?
"Un rameau vert chargé de fleurs
Où l'oiselet bande ses forces
Pour s'envoler dans les hauteurs."
Et l'avenir, enfant bénie?
"La mer sous un soleil sans voiles,
La mer puissante, éblouissante
Qui, là-bas, rejoint l'infini."
(Emily Jane Brontë - juillet 1836 / Gallimard, 1963.)
L'abstraction défaite appartient parfois
à la création d'un poète.
Nous n'avons pas assez lu à voix
haute Yves Bonnefoy. Il avait le lyrisme
de nous toucher au plus profond. Rime
à tout clair pour sortir de l'ornière.
Pendant que vingt-deux garçons,
plus ou moins braves,
s'affairaient autour d'un ballon,
je me suis souvenu, avec Liliane
Wouters, d'avoir trouvé liane
à mon cœur grave :
Elle avait dit : "En Amsterdam
nous ne vivrons qu'une aventure.
Je n'y laisserai pas mon âme.
Amour toujours jamais ne dure."
Hélas ! Je ne la croyais pas.
Sous les pignons à cols, à cloches,
quand se mêlaient nos mains, nos pas,
quand j'espérais, dur comme roche.
L'eau verte suivant son chemin
aurait dû me dire : "Tout passe."
Mais je ne sentais que sa main
serrant la mienne dans l'impasse.
[...]
Peine plus dure que le dam
et sel des larmes que je pleure,
pour cette fille d'Amsterdam
que ne donnerais-je à cette heure ?
Les cloches de Saint-Nicolas,
le quai aux plantes, les dix mille
pilotis de la gare et la
rivière Amstel, avec ses îles.
C'était un jour du mois de mai.
Elle me disait : "Rien ne dure."
Moi je pensais que je l'aimais
beaucoup trop pour une aventure.
(Source : La fille d’Amsterdam /
Ici on parle flamand & français,
Francis Dannemark, le Castor Astral -
Escales du Nord, 2005.)