Clio a plié en deux Edoardo dans le coffre ;
je pars de Lescheraines, la pente m'offre
un échauffement raisonnable. Aillon-le-Jeune
m'étend d'une fontaine ; éclipsé, le coup de vieux.
Allez, une dernière ascension pour le fun ;
Pierrot signera mon maillot d'une bête à bon dieu.
Je descends relever le courrier
et le courrier me relève,
à plus d'une enfance.
" Un grand bonjour de Meyras
où on passe un super séjour
au village vacances.
Nathan, Nalid, Margot,
Shairbane, Lucas."
Une autre bouffée d'azur
avec ce livre sorti d'une imprimerie allemande,
à la demande de notre rayon poésie :
" Aux premiers froids de l'année scolaire,
dix mots ont circulé sous les manteaux
des petits du collège.
Peut-être leur faisceau est-il à présent
digne de circuler dans d'autres âmes
blanches comme neige."
Je mesure tout l'hommage à lui rendre ;
la météo a hérité de sa bonté aujourd'hui.
J'essaie péniblement de ne pas montrer
la dent du Chat ; à la chapelle de Notre-Dame
des Grâces, le sourire de Marie m'arrache
une dent de Ragès. Un peu plus haut,
le refus de la fatalité redevient incisif :
la tempête de l'autre soir, comme un symbole,
a coupé l'arbre de vie en deux,
la mauvaise part s'est abattue sur le crucifix ;
Jésus gît dans les feuilles et personne,
à commencer par moi, ne semble encore
en mesure d'avoir les forces de le reprendre.