Le départ des Poilus, gare de l'Est - Paris / Albert Herter.
Aujourd'hui, dans l'ensemble des Communes de France,
sur le coup de 16 heures, les oreilles et les coeurs
en paix vont être appelés sur le front de la mémoire.
La Grande guerre n'appartient pas à "jadis
et naguère", elle appartient à notre présent.
La presse écrite, la Bibliothèque nationale,
l'ont si bien compris qu'elles nous offrent
dès cette semaine des Journaux de guerre,
qui restituent admirablement l'atmosphère
de cette frêle époque.
Dans le premier numéro de cette collection
qui en comprendra 52 et que nous mettrons
bien entendu à la disposition des utilisateurs
du CDI, figure notamment l'affiche déjà rouge
de sang de l'ordre de mobilisation générale
(9345 victimes, tel sera le lourd tribut de Savoie).
Notre attention ne saurait également déserter
à la lecture du numéro 3758 de l'Humanité,
daté du samedi 1er août 1914, annonçant
l'assassinat de Jean Jaurès, la veille au café
du Croissant.
Le Président de la République, Raymond Poincaré,
s'était fendu aussitôt d'une lettre à la veuve de l'homme
qui trouva toute sa vie le "courage d'aller à l'idéal et de
comprendre le réel" :
Madame,
J'apprends l'abominable attentat dont votre mari a été
la victime. Jaurès avait été souvent mon adversaire ;
mais j'avais une grande admiration pour son talent et son
caractère, et à une heure où l'union nationale est plus
nécessaire que jamais, je tiens à vous exprimer les sentiments
que j'avais pour lui. Je vous prie, madame, de croire dans le
deuil qui vous frappe, à ma profonde et respectueuse sympathie.